Mercredi 16 Mars: de Jianshui à Yuanyang

La pluie ne nous a pas empêché de dormir. Jacky se réveille avec un mal de gorge carabiné. Elle pense toujours que c'est allergique.
Il pleut encore. Nous nous rendons à la salle du petit déjeuner. Il y fait froid car la pièce possède des claustras dépourvus de fermeture. Nous décidons d'aller déjeuner dans l'une de nos chambres, chacun emmenant une partie du dit petit déjeuner ou les tasses.
Une fois rassasiés, nous repartons à la rencontre de Jianshui. Andrey qui est un véritable ethnologue et un expérimentateur patenté, achète à une marchande ambulante des beignets du matin à base de farine et de levure, enrobés de viande. C'est cuit à l'eau et la vendeuse soulève le couvercle de sa marmite bouillante pour satisfaire sa demande. Il nous fait goûter. Ce n'est pas mauvais du tout.
Nous visitons maintenant une fabrique artisanale de tofus . Les tofus de Jianshui sont très réputés car fabriqués à partir d'eau très pure. Il y a en effet un puits d'eau claire avec des porteurs d'eau dignes d'une carte postale.

L'intérieur de la fabrique est enveloppé de la vapeur des marmites en train de cuire les tofus faits, rappelons le, à base de lait de soja fermenté.

Il est l'heure maintenant de quitter Jianshui, direction le pont du double dragon. Le nom du pont vient du fait que jadis il y avait deux rivières distinctes qui y coulaient. Maintenant, je ne sais si c'est du à la saison sèche (enfin théoriquement), mais on ne voit qu'une seule rivière nonchalante Ce pont de 148 m, construit au XVII ème siècle sous la dynastie Qing, est composé de 17 arches. C'est l'un des plus vieux ponts de Chine.




Non loin du pont se trouvent les vestiges du chemin de fer français, construit au XIX ème siècle, qui reliait Hanoï à Kunming. Il est aujourd'hui désaffecté car trop dangereux . A cause des conditions climatiques et des difficultés du terrain, sa construction aura coûté la vie à des dizaines de milliers de coolies chinois et quelques dizaines de français. Il servait à transporter des minerais et de l'opium vers l’Indochine et des armes pour les seigneurs de la guerre chinois.
Du pont on voit un paysan qui travaille sa minuscule parcelle avec une espèce de bêche.

Nous reprenons notre bus direction Tuanshan , la résidence de la famille Zhang à quelques 15 kms de Jianshui. La famille Zhang avait fait fortune dans le commerce du sel. Leurs demeures formaient un village. Ce dernier, contrairement à  beaucoup d’autres, n'a pas été transformé en musée par les autorités chinoises. En effet ces dernières n'hésitent pas à exproprier des villages entiers, rebâtissent les maisons à l'ancienne puis y mettent des retraités à qu'ils assurent le gîte et le couvert à condition qu'ils se comportent, dans l'habillement et les gestes, comme de vrais autochtones.
Nous nous enfonçons dans les rues tortueuses et pavées, bordées des vestiges de ces anciennes maisons luxueuses.Certaines ont encore des façades et des frontons en bois gravé et peint. Elles sont en très bon état et habitées.

Les tuiles chinoises sont bien différentes des nôtres.

Sur les portes de beaucoup de maison, sont peints ou collés sur du papier les deux gardiens qui protègent des démons. La légende veut que jadis, un empereur avait fait une nuit d'horribles cauchemars avec des démons qui venaient le tourmenter. Le lendemain il a ordonné à deux de ses plus vaillants généraux de garder la porte de sa chambre. Comme la nuit suivante il n'a plus eu de cauchemar, il a salué la bravoure de ses deux généraux. La nouvelle s'est repandue dans toute la Chine. Les plus riches ont fait peindre l'effigie des deux héros pour se protéger, les plus pauvres se sont contentés de coller du papier peint. La tradition perdure toujours. Les images sont changées à chaque nouvel an.


Parfois les portes des rues sont de curieux passages ronds.

Dans la rue, tout près d'une maison ,Yang nous fait faire brusquement un écart. Il y a sur le sol les résidus d'une décoction médicinale. Elle nous explique que ceux ci ont  été jetés par un malade dans l'espoir que, comme le veut la tradition, un passant marche dedans et prenne la maladie à sa place.

Plus loin, les calligraphies et peintures de la porte d'une maison sont blanches. Cela signifie qu'il y a eu là un décès .


Nous pénétrons maintenant dans une maison très bien conservée. A l'intérieur se trouve un grand bassin avec des laitues d'eau. 


Les habitations du village y sont en parfait état. Certaines sont occupées par des marchands de souvenirs. J'achète des souliers de chinoises à petit pied. Jusqu'en 1950 la tradition voulait qu'en Chine, une femme n’était désirable que si elle avait de très petits pieds.Dès son plus jeune âge on enveloppait les pieds de la fille avec des bandelettes très serrées afin que ceux-ci ne grandissent pas. On changeait et resserrait les bandelettes tous les jours. Ainsi torturés, les pieds s'atrophiaient. Le fin du fin était une taille à l'âge adulte de 8cm. Ces filles  pouvaient difficilement marcher, ce qui était en outre un moyen sûr pour qu'elles ne s'échappent pas du domicile. Encore une fois on a affaire à une civilisation dans laquelle la femme est maltraitée.Heureusement cette pratique est maintenant interdite.
Voici quelques photos de ces souliers qui font tout de même 15 cm  à côté d'une paire de chaussures du 39 ou encore dans ma main.
Brigitte achète une canne pour s'aider dans la marche car elle a beaucoup de difficultés.

Mercredi 16 Mars: de Jianshui à Yuanyang (suite)

Nous reprenons la route direction Yuanyang . Jacky et Brigitte toussent de plus en plus. Jacky attend que ça se passe et se met son écharpe sur la figure pour diminuer les allergies provoquées par l'air ambiant. Brigitte qui est très portée sur les médecines douces ainsi que la médecine chinoise, n'arrête pas d'avaler toutes sortes de fioles sans qu'il semble y avoir la moindre amélioration.
Il y a beaucoup de circulation et notre chauffeur klaxonne toujours autant. Vincent nous en explique la raison:
La règle d'usage veut que tout conducteur s'occupe de celui qui est devant lui. C'est à lui d'avertir de sa présence. Celui de devant peut donc déboiter, démarrer s'il était à l'arrêt sans regarder dans son rétroviseur. D'où les coups de klaxon. Mais qui est responsable de celui qui vient en face? Même à la fin du voyage je n'aurai pas la réponse!
Heureusement que Yang nous distrait en nous parlant des traditions et des superstitions chinoises:
Le poisson est synonyme d'abondance car dans ce cas là il reste assez de nourriture pour nourrir les poissons d'ornement.
Le dieu des cuisinier est très respecté. La vieille du nouvel an on lui offre une cérémonie afin qu'il ramène le lendemain des bonnes choses de l'au delà .
Lorsqu'on a perdu quelque chose, on pose un oeuf sur un mirroir. S'il reste debout on est sûr de retrouver la chose.
Si on rencontre le corbeau, il faut vite renter chez soi car un événement mauvais va arriver.
La femme appartient au Yin comme les diables tandis que l'homme appartient au Yang comme les dieux. Et oui ça ne change pas beaucoup d'une civilisation à l'autre de ce côté là.
Lors d'un arrêt pipi aux toilettes publiques (pas très reluisantes) d'un village, ce qui devait arriver arriva. Jacky a laissé tomber ses lunettes là où il ne fallait pas. Elles les récupère complètement traumatisée.
Nous traversons ensuite Guiju qui est la grande ville d’extraction de l'étain. Il y a d'immenses usines crachant une épaisse fumée noire partout. Arrive enfin l'heure du repas de midi. Yang nous dégote un de ces restaurants dont elle a le secret. Il y a parmi les nombreux plats, du "taro" à base de pommes de terre râpées cuites en galette et qui ressemble au "paillasson" de chez nous.Il nous faut reprendre la route et il fait de plus en plus froid et pluvieux.
Lors d'une halte nous achetons sur le bord de la route des mangues, des papayes et des mamayes (dixit Andrey), des bananes et même un morceau de canne à  sucre. Comment va-t-on manger cela, je me le demande mais le manque de fruits est le plus fort.


Cette marchande de l'ethnie Zhuang est magnifique dans son costume.
Andrey en profite pour donner à un chien les restes de viande qu'il a récupérés au restaurant. Celui-ci n'en croit pas ses babines, habitué qu'il doit être à recevoir des coups de pieds plutôt que de la nourriture.
Nous longeons un moment le fleuve rouge qui ne l'est pas à cause de la saison sèche. Et oui c'est la saison sèche même s'il pleut depuis 2 jours. Après avoir quitté ce fleuve qui continue son chemin ensuite au Vietnam un peu plus au sud, nous atteignons la ville nouvelle de Yuanyang située à 300m d'altitude. Il nous faut monter maintenant à 1800m en 30 kms pour atteindre la vielle ville où commencent les rizières.
La route est cauchemardesque. Il y a énormément de camions, dont un dans le ravin, tous plus chargés les uns que les autres et qui essaient de se doubler malgré le manque total de visibilité. Notre chauffeur essaie d'en faire autant mais il a une curieuse façon de s'y prendre. Il n'est jamais à la bonne vitesse au moment de dépasser et en plus il ralentit. Le plus souvent, il tente l'opération en plein virage. On n'en mène pas large. Enfin on arrive en haut du col. Mais là la route devient inexistante à cause d'un éboulement. Un énorme embouteillage se forme due à la façon particulière, décrite précédemment, qu'ont les chinois d'aborder le problème. On sort de ce guêpier une heure et demie plus tard. On aura parcouru à peine 500m durant ce temps là. On commence à être fatigué. Il pleut toujours et il fait froid. Dans un virage on aperçoit une plaque blanche. C'est de la neige. On le signale à Yang qui se moque de nous. Enfin quoi, de la neige en climat tropical, c'est impensable, vous avez rêvé. Le bus s'arrête on va chercher un peu de cette neige pour lui montrer. Elle est complètement atterrée par cette vérité.
A la tombée de la nuit, nous arrivons au petit village deDuoyishu où nous logeons au "Sunny Guest House". Malgré le nom pompeux, c'est une maison d'hôte très familiale.  Les chambres sont à l'étage. Il y a un seul cabinet de toilette équipé comme à la maison d'hôte de Bamei. Je doute qu'il y ait beaucoup de volontaires pour la douche! Il fait froid à l'intérieur des chambres, à peine 8°C. Heureusement les lits possèdent un sur-matelas chauffant très efficace. Il faudra qu'on s'en procure pour notre lit chez nous.Jacky n'est pas en forme et préfère se coucher, une fois le lit un peu chaud. Il y a une énorme télévision dans le salon. Bien que les commentaires soient en chinois on devine de quoi il s'agit: Des éminents experts en blouse blanche semblent expliquer au téléspectateurs chinois la progression du nuage radio actif en provenance de la centrale nucléaire japonaise. Les chinois doivent baliser car le Japon n'est pas vraiment loin! Nous descendons nous restaurer dans une salle au rez de chaussée. Cette dernière n'est pas chauffée mais nos hôtes installent aussitôt un braséro en plein milieu de la pièce et on arrive à manger tant bien que mal un repas très honnête. Je m'absente au milieu du repas pour aller voir Jacky. A l'étage c'est dantesque. La fumée du braséro s'est accumulée là et l'air est irrespirable. Je m'empresse d'ouvrir les fenêtres malgré le froid. Ouf ça va, Jacky ne s'est pas asphyxiée. Nous hôtes éteignent vite ce maudit braséro. Un peu épuisés par cette journée nous partons tous nous coucher. Espérons que demain, il fera soleil et que nous pourrons admirer les rizières!
Avec deux couettes il ne fait pas trop froid si ce n'est un courant d'air qui m'arrive sur le nez par la fenêtre mal bâtie. Je m'enveloppe la tête dans l'écharpe de Jacky et parviens à m'endormir.

Jeudi 17 Mars: une journée épuisante

Il est à peine 6h du matin quand nous sommes réveillés par une musique sirupeuse plein pot diffusée par les hauts parleurs du village. C'est un moyen très répandu en Chine pour réveiller les gens. On ne peut pas faire autrement que de se lever. Notre chambre donne sur la cour de l'école. Dès 7h nous voyons les enfants rentrer dans les classes dans une discipline impeccable. La vie des écoliers en Chine est particulièrement difficile comme nous le raconte Yang. C'est la course à l'excellence avec une compétition acharnée. Les cours ont lieu de 7h du matin à 18h suivis de 5h de travail personnel à la maison auxquelles on peut rajouter 2h de cours particuliers imposés par les parents pour que l'enfant soit le meilleur. Les élèves lorsqu'ils parlent de leur école l'appellent prison N°1 ou prison N°10 au lieu d'école N°1 ou école N°10.
Il fait toujours aussi froid et il y a toujours autant de brouillard. Nous montons tous au deuxième étage. Il y a un balcon où on peut admirer les rizières. Le brouillard gâche tout. Un photographe chinois attend le soleil depuis une semaine dans sa chambre!
Le petit déjeuner est vite avalé dans le froid et nous prenons congé de nos hôtes pour tenter de voir ces fameuses rizières. Nous nous arrêtons à un point de vue spécial touriste. Vu le temps, il n'y a que nous. Nous ramassons un peu de neige glacée pour la montrer à Yang qui n'a toujours pas digéré qu'il neige en plein pays tropical! Il y a un magasin de souvenir ouvert aux quatre vents dans lequel les vendeuses se gèlent.
Un petit miracle se produit, le brouillard se déchire un peu et nous pouvons apercevoir la quête de notre Graal.


Voilà , c'est fini, le brouillard revient avec la pluie. Vincent décide d'aller à Baohua, un autre site de rizières moins bien connu et donc bien moins fréquenté que Yuanyang. Et puis on peut rêver, peut-être qu'il fera beau là bas!
Nous repassons sur le lieu du grand embouteillage d'hier. C'est plus fluide car la police fait la circulation. Nous redescendons dans la vallée par la même route. Il y a toujours autant de camions. Heureusement que le brouillard nous cache les précipices, on a moins peur.
Nous arrivons à Xinjie , la vieille ville de Yuanyang , dans un chaos indescriptible. Les chinois ont l'habitude d'arrêter leur véhicule où bon leur semble sans se préoccuper de la gêne éventuelle. Deux camions peuvent être garés chacun d'un côté de la route au même endroit. Cela génère des embouteillages et des concerts de klaxon.
Notre chauffeur se gare sur le parking d'un hôtel. Nous courrons nous réfugier dans le hall pour prendre un peu de chaleur.
Nous nous sentons assez réchauffés pour aller visiter le marché qui a lieu les jours du singe, du rat et du dragon. On doit être un de ces jours là car les rues sont très animées. Nous entrons dans un marché sur deux niveaux. Dans le brouillard c'est assez irréel.

 Les étals d'épices côtoient les étals de viandes, d’œufs, de légumes et de poissons.


Les femmes Hani ou Yi sont vêtues de leurs costumes traditionnels avec deux grands mouchoirs dans le dos.
 Ceux des Yi sont très colorés tandis qu'un de ceux des Hani est noir.
Nous reprenons notre périple. Après avoir traversé le fleuve rouge qui s'est transformé en un gigantesque torrent à cause de la pluie, nous nous arrêtons dans un restaurant au bord de la route. Encore une fois merci à Yang pour le repas qu'elle nous concocte.
Nous quittons la vallée pour grimper dans la montagne. La route est heureusement moins fréquentée que la veille. Le seul problème est que ni Yang ni le chauffeur ne savent rejoindre Baohua. Ils demandent souvent à des gens au bord de la route qui n'en savent pas plus. Au bout de quelques temps, la chance nous sourit en la personne d'un chauffeur routier qui fait du stop pour aller récupérer son camion à Baohua précisément. Il embarque avec nous et nous arrivons à notre but après 2h30 de dérive. Il est 4h de l'après midi et il fait toujours aussi froid. A la maison d'hôte où nous devons  passer la nuit on nous dit qu'à cause du froid et de l'humidité les draps sont trempés et qu'il est impossible de les faire sécher. De plus il n'y a pas, comme la veille, des sur-matelas chauffants et aucune pièce n'est chauffée. Très dépités nous décidons de regagner la vallée pour des lieux plus cléments.
Nous traversons les rizières qui sont de chaque côté de la route. Il commence à y avoir de belles éclaircies qui nous permettent d'admirer l'ingéniosité des Hani quant au système d'irrigation. Une rizière doit être absolument plate, si bien que les parcelles sont très petites pour garantir la meilleure horizontalité possible. 
Un paysan travaille malgré le froid et la pluie.

Les rizières s'étendent à perte de vue vers le bas, vers le haut.

Au fur et à mesure que nous redescendons dans la vallée les rizières se font de moins en moins nombreuses. Notre chauffeur conduit de manière de plus en plus détestable. Il coupe les virages sans aucune visibilité et n'essaie pas d'éviter les nombreux nids de poule de la chaussée. Heureusement il y a très peu de circulation.
Souvent la route est déviée car les ponts qui enjambent les nombreux torrents sont soit en construction soit en réparation. Il lui arrive de ne pas voir les panneaux de déviation, on est obligé de crier pour qu'il s'arrête.
Au fond de la vallée encaissée, la route est carrément lugubre avec d'innombrables pierres sur la chaussée qui on dégringolé des falaises. Soudain, le bus prend un trou à pleine vitesse, on saute tous de nos sièges jusqu'au plafond. J'ai le dos complètement bousillé. Je suis obligé de prendre un antalgique pour calmer la douleur qui me transperce. Je hais ce chauffeur. Le choc a été si violent que la fermeture de la porte est cassée. Il est obligé de l'attacher avec des ficelles et on finit le voyage avec cette dernière à moitié ouverte.
Il est 21h lorsque nous arrivons à Jianshui complètement épuisés et énervés. Heureusement Vincent a pitié de nous et nous nous retrouvons dans l'hôtel à l'intérieur des jardins de la famille Zhu.
Nous prenons chacun possession de notre chambre fermée par un gros cadenas. Elle est simple mais très confortable. Après avoir déposé nos affaires nous allons dîner au même restaurant que lors de notre premier passage dans cette ville. Vincent a eu la bonne idée de les prévenir de notre arrivée tardive lorsque nous étions encore dans le bus. Les chinois mangent très tôt et très rapidement vers 18h. 21h est plutôt l'heure à laquelle les restaurants ferment.
Après un repas encore une fois varié et délicieux, nous regagnons l'hôtel. L’atmosphère est étrange. Nous traversons les jardins silencieux. Il n'y a plus que nous dans ce domaine. Après une bonne douche, nous nous endormons sans problème et bien au chaud dans un lit avec une moustiquaire géante en forme de baldaquin.

Vendredi 18 Mars: de Jianshui à Kunming

On se réveille bien reposé. Il fait un grand soleil et il fait doux! Direction la salle du petit déjeuner qu'on a du mal à trouver dans ce dédale de patios.
Après cela nous partons à la visite de la ville. Enfin nous essayons car nous avons un mal fou Jacky et moi à trouver la sortie de la résidence à cause de l’enchevêtrement des jardins. Mais bon, on y arrive au bout d'un quart d'heure. Nos pas nous mènent à la porte de l'est que nous avions vu il y a 3 jours. On décide de la franchir. Le spectacle en vaut la peine, il y a derrière les remparts un marché aux oiseaux. Les chinois, particulièrement les hommes âgés, sont très amateurs de chants d'oiseaux. Ils peuvent ici trouver l'oiseau rare, si j'ose dire, qui les enchantera par ses trilles. Chaque vendeur possède une cage voilée. Lorsqu'un client éventuel veut vérifier la qualité du chant de l'occupant, le vendeur enlève le voile et l'oiseau se met aussitôt à chanter. Nous n'y connaissons pas grand chose et trouvons tous les interprètes magnifiques. J'ai d'ailleurs enregistré leurs trilles sur mon magnétophone. Dès que j'essaie de m'approcher d'une cage pour prendre en photo le locataire, celui-ci s'arrête de chanter et se cache. Je ne peux que prendre les cages au demeurant magnifiques.


A côté du marché aux oiseaux, il y a des cireurs de chaussures qui m'invitent moi et non Jacky à utiliser leur service. Apparemment les femmes n'y ont pas droit. Mais bon, vu que j'ai des chaussures de marche et non pas des souliers de cuir, je ne peux même pas accepter pour leur faire plaisir. Soudain des policiers arrivent, les cireurs prennent leur jambes à leur cou. Il y en a un qui se fait arrêter par un des flics qui fait mine de lui mettre une amende et se ravise quand l'interpellé se met à lui cirer ses souliers. Peut être que l'expression "cirer les pompes" vient de là!
Nous déambulons dans l'artère principale de la ville. Passe un convoi de mariage avec des limousines et un concert de klaxons, exactement comme chez nous si ce n'est plus loin un grand concert de pétards.
Il commence à faire vraiment bon. Je m'arrête pour enlever une couche de vêtement. Lorsqu'on repart, un commerçant m'interpelle. Croyant qu'il veut me vendre quelque chose, je l'ignore superbement. Comme il insiste lourdement, je me retourne et m’aperçoit que j'avais oublié sur un banc l'appareil photo, le magnétophone et j'en passe.
En regagnant la résidence de la famille Zhu, nous passons devant une affiche très kitch de l'année du lapin.

Après avoir rendu les clés de nos chambres, et après notre joli repas coutumier, nous reprenons la route en direction de Kunming. Le chauffeur est toujours aussi imprévenant avec ses voyageurs: passage de dos d'âne à toute allure, freinage intempestif, j'en passe et des meilleures. Son seul effort a été de changer la porte du bus.
Nous faisons halte dans un village mongol, Xingmeng, dont l'origine date du 14ème siècle. Kubilai Khan, premier empereur mongol régnant sur la Chine, y avait laissé là au cours d'une des ses campagnes, une garnison. Ce village de 5000 habitants (en France on dirait cette ville) a gardé les coutumes et une langue proche du mongol. Les maisons sont en pisé. Le village semble très pauvre même si les gens paraissent souriants. Les rues sont remplies des déchets provenant des habitations.


Plus qu'un effort et nous arrivons à Kunming. 1700 kms avec ce foutu chauffeur! Après la visite d'une maison de dégustation de thé comme il y en a partout en Chine, nous allons au restaurant manger une spécialité locale appelée "nouilles qui traversent le pont". La légende voudrait qu'au temps de la dynastie Qing, ce soit une femme allant nourrir son mari, un lettré retiré sur une île, qui trouva la,recette. Pour s'acquitter de sa tâche, elle devait tous les jours porter son plat de nouilles en passant sur un pont. Quand elle arrivait devant son mari, les nouilles étaient froides et celui-ci ne voulant pas les manger dépérissait. Un jour par hasard, elle s’aperçut à son retour chez elle, qu'un bouillon de poulet était resté chaud durant son absence. Elle eu l'idée lors de la visite suivante  d'emmener les nouilles d'un côté et le bouillon de poulet de l'autre. Arrivé devant l'époux, elle versa  les nouilles dans le bouillon pour que celles-ci se réchauffent. Cela plut à son mari qui à partir de ce jour là se remit à manger.
Les "nouilles qui traversent le pont" sont devenues une spécialité, fort gouteuse ma foi, du Yunnan.


Après ce repas délicieux, il nous est difficile de rester éveillé jusqu'à 22H, heure à laquelle nous allons à la gare prendre le train de nuit pour Dali notre prochaine étape. Sur le chemin , Yang nous remercie de notre gentillesse car elle et le chauffeur vont s'arrêter là. Pour le chauffeur ce n'est pas une grande perte mais nous aimions bien Yang qui en profite d'ailleurs pour nous dire que son prénom est en réalité Li Ping. Nous lui faisons remarquer que nous aurions préféré l'appeler Li Ping parce que cela sonne très bien à l'oreille.
En Chine, il est de coutume de laisser un pourboire  au chauffeur et au guide. Notre caisse commune sert un peu à ça. Autant je suis pour celui de Li Ping autant ça me fait mal d'en laisser un au chauffeur. Plus tard Vincent me dira que lui et Andrey ne lui ont rien donné. Si j'avais su!
Qui n'a pas pris le train lors de son séjour en Chine ne sait pas ce qu'il a perdu. Il faut d'abord passer un contrôle des bagages un peu laxiste. On se retrouve ensuite dans une salle d'attente bondée. L'accès aux quais n'est autorisé que 10 minutes avant le départ du train. Vu la foule qui piétine, on se dit qu'on ne va jamais y arriver. Lorsque les portes donnant sur les quais s'ouvrent, c'est la grosse bousculade. On arrive tout de même avec l'aide de Li Ping à monter dans notre wagon (le wagon N°1). Chaque wagon peut contenir 72 personnes à raison de 12 compartiments, chacun comprenant 2 rangées de 3 couchettes superposées. Les compartiments ne ferment pas. Réflexion faite, l'embarquement s'est fait dans une fluidité totale.Je n'en revient pas. Etant donné nos handicaps, Brigitte et moi héritons des couchettes du bas, Jacky et Annie celles du milieu, Vincent et Andrey celle du haut. Ces derniers sont les plus malchanceux car l'espace entre la couchette et le plafond est très exigu. Il ne faut pas être claustrophobe.


Nous prenons à regret congé de Li Ping. Vincent la reprendra sûrement pour ses prochains voyages. Le temps de se coucher, le train démarre tandis que les hauts parleurs du wagon diffusent une musique d'ascenseur. Je m'endors aussitôt.

Samedi 19 Mars: Dali, Xizhou,Dali

Il est 5h du matin, nous sommes réveillés par la musique d'ascenseur diffusée dans le wagon. Les lumières sont allumées plein pot. Nous avons tous dormis à peu près bien sauf Vincent et Andrey qui ont manqué un peu d'oxygène et de place tout en haut dans leur scouchettes. Le temps d'aller aux toilettes (2 pour 72 personnes qui ont toutes envie d'y aller en même temps), de ranger les affaires, de plier les draps et la couverture (ça on sait faire depuis le transsibérien) on arrive à Dali à 350 kms de Kunming. La sortie du train se fait sans encombre. Nous y avons abandonné lâchement nos chapeaux chinois, tout comme Andrey, car ils devenaient trop encombrants à trimballer. Sur le parvis de la gare on retrouve notre nouveau guide, "Sue" un homme de l'ethnie Bai qui ne parle qu'anglais et notre chauffeur qui est une jeune femme à l'air très sympathique.
Après un petit déjeuner dans un restau sympa à base de café au lait et de toasts, nous rejoignons notre hôtel. C'est un hôtel immense occupé par des centaines de touristes chinois. Le hall d'accueil ressemble à un cathédrale baroque, les fauteuils qui s'y trouvent sont très massifs.
On se perd dans les couloirs, mais bon les chambres sont confortables. On prend une bonne douche et on donne nos affaires à laver. Il était temps car on n'avait pas emmené beaucoup de vêtements. Il ne fait pas beau, le temps est à la pluie, mais il fait doux.
Nous voilà dans notre nouveau bus. Notre chauffeuse, je préfère ce terme lorsqu'il s'agit d'une femme, est de l'ethnie Nashi et doit être bouddhiste. Il y a en effet un magnifique moulin à prière en faux or, dit aussi toc massif,  qui tourne à toute allure sur le tableau de bord. Il fonctionne à l'énergie solaire.Il n'y a que moi et Vincent pour le trouver beau. D'ailleurs j'en achèterai un plus tard pour mettre sur le tableau de bord de ma voiture..

Notre chauffeuse donc, est très attentionnée et conduit très bien. Elle ralentit sur les nids de poule, pour ne pas les écraser peut-être? Nous nous sentons en sécurité avec elle. Je crois qu'on va pouvoir apprécier les paysages en toute quiétude.
Nous longeons le lac Erhai qui a la forme d'une oreille, d'où son nom. Je frime car je ne sais pas comme on dit oreille en chinois. C'est un très grand lac de 250 km2. Notre but est le village de Xjzhou de la minorité Bai, situé à 20 kms de Dali. Ce jour là, on a encore de la chance, il y a un marché très animé.
Devant son étal un artisan fabrique à la demande de l'huile de colza à l'aide d'un petit pressoir. A côté se trouve un marchand d'épices et de thé. C'est plein de couleur et ça sent bon.


 On peut même manger dans la rue!
Les étals de légumes souvent inconnus et de fruits sont nombreux .

Il y a énormément de monde mais aucun touriste, en tout cas occidental. Les gens nous regardent avec curiosité mais se laissent volontiers photographier.Les clientes aussi bien que les marchandes représentent toutes les ethnies: Hani, Bai, et Hui. Les Hui sont musulmans.
Je tombe en arrêt devant un tas de chocolats. En fait ce ne sont pas des chocolats mais des petits pains de sucre.

Il y a même des pattes de poulet en sauce.
Un vendeur pakistanais, perdu au milieu de tous ces chinois, vend des babioles style  "tout à un euro". Ça fait bizarre!
Notre guide nous mène dans un endroit spécial touriste où se joue une partition du folklore local  "la cérémonie des 3 thés". Ce sont les 3 thés que l'on fait boire à la jeune mariée lors de la cérémonie du mariage:
Thé très sucré pour le mariage, thé amer pour la vie conjugale et moitié sucré moitié amer pour la fin de la vie.
Les touristes chinois n'arrêtent pas de prendre des photos des danseuses qui posent comme si elles étaient des mannequins. Une espèce de monsieur loyal présente chacun des 3 tableaux qui se finit par une dégustation de thé. Je n'aime pas beaucoup le thé et je trouve le spectacle un peu juste.
Nous prenons ensuite un taxi local pour aller visiter un hôtel situé à l'extérieur du village. J'ai un peu honte de voir ce petit cheval véhiculer tant de personnes.

La pauvre bête arrive tout de même au "Linden Hotel" . Cet hôtel est bâti selon l'architecture des maisons Bai. On ne comprend pas trop pourquoi, mais notre guide refuse de rentrer et se tient à l'écart à l'extérieur. L'hôtel est tenu par un américain. Ce ne doit pas être évident pour lui face à l'administration chinoise. Il est très accueillant et semble étonné que l'on comprenne et surtout parle l'anglais sans trop de problèmes. Il nous dit que c'est rare pour des français. On visite ce havre de paix en regrettant de ne pas y rester dormir. On l'échangerait bien contre l'usine à touristes qui nous attend à Dali.


Comme dirait Annie, le lieu est édénique. C'est vraiment la magie des lieux.
Nous quittons l'endroit pour le bord du lac où nous allons assister à une pêche au cormoran.
On se répartit dans deux barques différentes.Notre rameur a une sacrée dégaine.

La barque des pêcheurs nous suit avec sur ces flancs une dizaine de cormorans. Une fois au milieu du lac, les pêcheurs se mettent à taper sur le bateau avec une gaule comme si c'était un instrument de musique et à chanter un air lancinant. Les cormorans se jettent à l'eau à la recherche de poisson.
Dès qu'il en a un, le cormoran s'envole pour lâcher le poisson dans l'épuisette que lui tend le pêcheur.
Enfin quand il veut bien le lâcher. Celui là préfèrerait le garder pour lui et le dispute âprement au pêcheur.
Le spectacle est magnifique. Avant de rentrer, nous nous mettons à l'abri dans des roseaux près d'une île. Les cormorans semblent bien apprivoisés et se laissent prendre en photo.




Notre rameur prend un morceau de roseau, le porte à ses lèvres et nous joue des airs de son folklore. Je l'enregistre et lui fait écouter ensuite. Il est ravi et nous fait du coup un bis de sa représentation. Enhardis, les pêcheurs se mettent à chanter l'air qui avait été joué.
Il nous faut maintenant rentrer, le vent s'est levé et nos rameurs doivent faire un gros crochet pour ne pas l'avoir de face. Ils doivent avoir l'habitude de ce genre de situation car ils s'en sortent fort bien.
Arrivés à bon port, c'est le cas de le dire, nous reprenons la route jusqu'au village Bai de Zhoucheng.
Nous faisons arrêter la chauffeuse car nous venons d’apercevoir du linge étrange étendu au soleil. En fait il s'agit de nouilles que les gens mettent ainsi à sécher.

Nous nous arrêtons à Zhouchengun devant un petit restaurant. Vincent a passé les mêmes consignes qu'à Li Ping: pas de lieu spécial touriste et c'est lui qui choisit les plats. Le résultat est très bon: nouilles frites, soupe de poisson avec du soja et des tofus, travers de porc.
Pour digérer nous allons visiter une fabrique artisanale de batik. La technique ancestrale est simple: les motifs sont dessinés sur une grande feuille quadrillée. Une personne, ici une vieille femme, fait des nœuds très serrés sur chaque point du canevas qui ne doit pas recevoir de la couleur, ici de l'indigo.


Une fois tous les liens effectués, il y en a des centaines, le tissus est mis dans une marmite où bout le liquide coloré.
On dénoue tous les liens (la jeune fille de la première photo) pour voir apparaitre le motif.
Puis le tissus est mis à séché.
Après un café maison ou plutôt un café bus (eau chaude du themos et nescafé ou les bons  capucinos d'Annie) nous regagnons Dali. Dans la banlieue, à côté des pagodes de la dynastie Tang,  Il y a deux  grandes statues dorées. La légende veut qu'à cette époque le lac Erhai débordait tout le temps par la faute de deux dragons qui s'étaient installés au fond. Les inondations étaient catastrophiques. Un jour arrivent deux aigles qui attaquent les dragons et leur crèvent les yeux. Ceux-ci effrayés quittent les lieux. Les inondations cessent. En reconnaissance les habitants ont bâti une pagode avec une grande statue d'aigle.

De profil, je trouve que l'aigle ressemble au "road runner" de Tex Avery
Nous voilà maintenant revenus à notre hôtel usine. Il n'est que 17h mais notre guide prétextant une soirée de mariage nous laisse. Andrey et Brigitte, qui tousse de plus en plus, se sentent fatigués et décident de rester se reposer dans leur chambre. Nous choisissons de partir déambuler dans la ville.
Nous passons devant un hôtel magnifique dans une rue réservée aux étrangers. Il n'y a pas si longtemps encore les étrangers ne pouvaient se promener que dans certaines rues. Plus loin est signalée une église catholique. Sur l'insistance de Jacky nous nous y rendons tous. Le spectacle est surprenant. Si ce n'était la croix, on se croirait devant une pagode.


L'intérieur de l'église est très soft. L'architecture est en bois et il n'y a aucune bondieuserie si ce n'est une ou deux petites fresques.
Il est temps de retourner à l’hôtel récupérer les autres . Jacky et Brigitte trop fatiguées préfèrent se coucher. Nous partons donc Vincent , Annie, Andrey et moi rejoindre un restaurant pas loin que nous a signalé notre guide. Andrey a profité de son moment de repos pour aller chez le coiffeur. Il pleut légèrement lorsque nous sortons du restaurant excellent et au prix honnête. Je regagne notre chambre. C'est facile j'ai mémorisé le trajet: Du hall d'entrée 50 mètres à droite, continuer 20m le long du ruisseau et à droite prendre l'ascenseur jusqu'au 2ème, 50 m tout droit puis 30 m à gauche et on y arrive. Jacky dort et a du mal à respirer.Après une bonne douche je me couche.